Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

dimanche 27 mai 2018

Aujourd'hui c'est la fête des mères

Réédition de mon billet de l'an dernier : il a coulé beaucoup d'eau sous les ponts. Il y a des frémissements concernant la condition féminine, pas forcément sous le focus de la maternité encore que les Irlandaises et les Irlandais ont vendredi fait un grand premier pas en faveur d'une maternité heureuse en votant à plus des 2/3 pour l'abolition de l'interdiction de l'IVG inscrite dans leur constitution.
Aujourd'hui c'est donc la fête des mères

Du moins en France, où la loi du 24 mai 1950 fixe la fête des mères au dernier dimanche de mai (sauf si c'est la Pentecôte, faut quand même pas froisser les chrétiens)
Dans l'esprit de ses auteurs il fallait tourner définitivement la page de ce qu'en avait fait Pétain, lequel avait une conception bien particulière de la famille et de la maternité.


C'est vrai, en 1942, les partisans de la France libre et d'autres dont la fibre patriotique n'est pas trop altérée par la propagande (il y faut une bonne volonté à toute épreuve ou vivre dans sa bulle) peuvent légitimement s'inquiéter de cette quasi-dévotion pour les mères quand il intervient dans un discours en ce jour qui s'implante tranquillement sur initiatives locales depuis au moins le début du vingtième siècle.

Affiche de Félix Régamey, 1906
C'est vrai qu'en 1942, ce discours où Pétain a profité de cette fête des Mères officieuse mais largement suivie pour en faire la bannière de la devise du régime de Vichy, peut légitimement inquiéter les patriotes sincères qui souhaitent une France libre de l'occupation nazie, les humanistes sincères qui voient en la famille l'un des piliers de l'éducation des enfants.

Tout l'art (ou la science) de la propagande qui ne se nomme pas encore communication est dans cette petite phrase extraite de l'intervention du maréchal :

 
« Vous seules, savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui font les hommes sains et les peuples forts.»  

Travail : Ce goût du travail (1)
Famille : Vous seules savez ...qui font les hommes sains (2)
Patrie : les peuples forts (3)

(1) "Ce goût du travail" : ce n'est pas le travail des mères qui est salué, c'est si "naturel" pour elles d'obéir en toute modestie au chef de famille. C'est leur aptitude à le faire aimer.

(2) En deux mots, "Vous seules" il leur attribue l'exclusivité de tout ce que sous-entend le fonctionnement de la famille et en premier lieu la charge mentale de l'organisation de son quotidien. Aux mères l'oikonomia, l'administration du foyer.

(3) "les peuples forts". Aux Hommes la société, la patrie et le patriotisme. Difficile pourtant de faire avaler cette couleuvre en 1942 d'un "peuple fort" à une France plus qu'à moitié occupée et qui le sera bientôt totalement, dirigée par un régime non seulement aux ordres mais plus servile encore que ce que les occupants lui demandent.
Alors ici notons la subtilité du pluriel. Les ? Quels peuples ? Mais ceux que composera la Grande Allemagne, sous la poigne de fer des national-socialistes. Oui je sais on dit et écrit nazi sans réfléchir à l’étymologie. En attendant, encourageons la maternité, cette prodigue fournisseuse de chair à canon pour les amis de l'époque que les vichystes souhaitent voir triompher. Avec la naïveté de croire que les peuples annexés ne deviendront pas alors des peuples de seconde zone. A l'instar, mais c'est une vérité refoulée, des peuples colonisés d'alors.

C'est vrai qu'en 1942, c'est au nom du principe "on ne sépare pas des enfants de leur mère" que des gendarmes et des policiers français, exécutant des ordres des autorités françaises contraires aux demandes des nazis, enverront bientôt des milliers d'enfants principalement juifs dans les camps qu'ils savent ou non être d'extermination. rappelons-nous la rafle du vel d'hiv les 16 et 17 juillet 1942, avant même la fin de la zone libre en novembre 1942 ...



Mais revenons en 1950.
La loi est victime de son contexte :

colonial dans nos empires crépusculaires, frileux pour ne pas dire xénophobe vis à vis des étrangers , venus pour des raisons économiques et ou politiques de l'Europe du sud et de l'est.
Elle s'adresse aux mères françaises. Oui, la loi s'adresse aux mères françaises. Vous avez bien lu.

sexiste. Si les femmes ont eu le droit de vote en 1946, elles sont toujours considérées comme mineures par le droit civil où elles sont sous la tutelle de leur mari (ou du conseil de famille si elles sont célibataires ou veuves ou même divorcées) qui leur donne ou non l'autorisation de travailler. Le père a le droit de prendre seul toutes les grandes décisions. Quant à avoir un compte bancaire en leur nom, vous oubliez, ce n'est même pas envisagé.

A partir des années 1960, cela s'est accéléré après mai 1968, on aurait pu croire que la moitié de la population allait accéder au plein exercice de leur vie d'humain.
D'autant que de plus en plus de femmes travaillent, du moins ont la reconnaissance d'un certain travail salarié ou indépendant ou même entrepreneurial.

J'ai eu vingt ans en 1970 et j'avais bon espoir. Même si la majorité était encore à 21 ans.
Je voyais ici et là des ménages où les tâches étaient mieux partagées. Où les jeunes femmes et les jeunes hommes étaient féministes dans le bon sens du terme, pour une égalité dans la vie comme dans la loi, ensemble et non les uns contre les autres. Une époque aussi où les avancées de la psychologie et de la sociologie et de l'anthropologie laissaient l'espoir qu'entre la psychanalyse et l'eugénisme, il y avait d'autres chemins de savoirs et de progrès des sociétés et des humains.

A-ton baissé la garde ? A-t-on oublié que ces progrès ne pouvaient s'approfondir que par l'éducation, le rabâchage, la vigilance contre les traditions paresseuses ou délétères tout comme le dévoiement de soi-disantes émancipations ?

Que s'est-il passé pour qu'on en soit encore (ou revenu) dans ce que Michel Crozier appelait déjà La société bloquée et que l'on nous a donné à étudier en licence de sciences économiques. Je n'ai adhéré ni à l'analyse ni aux propositions de cet essai à l'époque, mais le titre, sans doute exagéré, (plus alors que maintenant) était évocateur.

Aujourd'hui c'est la fête des mères et je me réjouis du succès de la bande dessinée Fallait demander de la dessinatrice Emma et  bien entendu pas je ne me réjouis pas du tout de ce qu'elle met en évidence.

Charge mentale, un concept né dans les années 1990, popularisé en ce qui concerne les mères grâce à une bande dessinée qui fait le buzz sur la Toile depuis plus d'une semaine, de la dessinatrice Emma invitée du 13 heures de  France2 du mercredi 24 mai 2017

Fallait demander publié sur Facebook
Fallait demander accessible librement sur son blog
et pour ses précédents sujets réunis en album :
Un autre regard, Emma, Massot éditions



et tout en s'accordant un papotage entre copines, elles continuent à cogiter

Allez, hauts les cœurs et A toutes les mères du Monde

11 commentaires:

  1. Bonjour Jeanne, femme, épouse et mère un jour tout un programme, une maman ça compte pour un enfant, certes le papa aussi, même si à la maison tous les époux ne passent pas l'aspirateur... ,-) Bonne fête à toi aussi, bises

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  2. Joli rappel Jeanne.
    Bises et profite bien de la fête des mamans

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  3. je ne connais pas cette BD mais ce que je vois moi c'est le DEVOIR d'être parfaitE,un devoir qui n'est pas édicté en tant que tel mais dont le poids est immense et insinué à longueur d e temps....des études longues et réussies, entre 30 et 40 ans des enfants immaculés (dans le sens de toujours impeccables)et toujours comblés,une maison impeccable aussi, des repas équilibrés et bios et à la pointe de la diététique, un corps parfait,une sexualité comptabilisée avec dans tous les médias des exemples de ce qu'il convient de faire ,une position sociale établie,bref la femme est l'esclave d'un monde parfait,et intellectualisé,discours intello qui lui cachent le fait que c'est encore sur elle que la perfection repose!!!!!selon moi qui ai vécu ma vie d e femme et de maman entre les années 70 et ce début de siècle,ya pas photo,être femme est encore plus difficile à tenir maintenant, sauf que maintenant ,on nous tient un double discours encore plus pervers!!!!et qu'on nous fait croire que le féminisme n'a plus lieu d'être!!!!.

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    1. Tu peux en prendre connaissance en suivant les liens que j'ai mis. Cela ne te prendra pas très longtemps et je trouve vraiment que cela vaut le détour. Tout comme le reste de son blog d'ailleurs bises

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  4. Bonjour Jeanne,

    Et bien , j'en apprends sur la fête des mères. Ma culture te dit merci Jeanne.
    J'ignore tout de cette BD.
    Je suis assez d'accord avec le commentaire d'Evelyne.

    Bises

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    1. la BD est accessible librement sur le blog que j'ai cité et elle est assez courte. Cela vaut le détour, vraiment. C'est son succès notamment sur son compte facebook (pour ce que j'en ai vu j'aime mieux lire la BD sur le blog, question de présentation) qui a fait le buzz et réveillé pour une fois les medias classiques. Je suis contente pour elle qu'on lui ai proposé d'en faire un livre avec d'autres de ses BD.

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  5. Je suis contente aussi de son succès, il est mérité.
    Nous sommes encore bien loin de l'égalité Homme-Femme... et même si les pères font des efforts, ce n'est pas encore ça.
    Moi, je découvre au fil du temps que les habitudes restent bien ancrées, sans avoir plus la force de réagir.
    Bisous et douce journée.

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  6. Je déteste cette fête mais j'ai aimé en connaître l'historique avec une analyse très fine, Belle semaine.

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  7. Belle réédition Jeanne.
    Bises et bon début de semaine

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  8. Je vais aller voir cette BD. Je crois que les femmes ont cru que tout était acquis; hélas,les mentalités sont difficiles à changer et il ne faut jamais baisser la garde. L'afflux de personnes étrangères avec des moeurs encore plus rétrogrades que les nôtres, n'ont pas arrangé les choses. Bonne semaine

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  9. Merci pour cette réédition lue avec intérêt, Jeanne !
    Bonne semaine !
    Bises♥

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