Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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jeudi 28 septembre 2017

Chanson à grand vent 1 Le pauvre laboureur, Anonyme XVIe siècle

Jill Bill à la barre des CROQUEURS DE MOTS sous la houlette de Cap'tain Dômi pour le défi n°191, nous invite cette quinzaine à "se tuer à la tâche" en cogitant sur une citation au choix de Paris Hilton ou de Pierre Doris qui nous a dit aussi : "Je laisse au choix pour les Jeudis / poésie".
Alors j'ai eu envie de rééditer cette chanson à grand vent, il y en avait beaucoup dans les campagne, de transmission orale le plus souvent mais de temps à autre collectées et transmises jusqu'à nous, comme les chants de marins. 

Le bruit tonitruant des machines dans les ateliers a sans doute empêché les ouvriers de transposer ces traditions bien ancrées dans l'industrie naissante de la "Révolution industrielle".


Chanson à grand vent 1

Le pauvre laboureur
Il a bien du malheur
Du jour de sa naissance
L'est déjà malheureux.
Qu'il pleuve, tonne, ou vente,
Qu'il fasse mauvais temps,
L'on voit toujours, sans cesse,
Le laboureur aux champs.

Le pauvre laboureur
Il n'est qu'un partisan ;
Il est vêtu de toile
Comme un moulin à vent ;
Il met des arselettes, 2
C'est l'état d'son métier
Pour empêcher la terre
D'entrer dans ses souliers.

Le pauvre laboureur
A de petits enfants ;
Les envoie à la charrue
A l'âge de quinze ans.
Il a perdu sa femme
A l'âge de trente ans ;
Elle le laisse tout seul
Avecque ses enfants.

Le pauvre laboureur,
Il est toujours content ;
Quand l'est à la charrue,
Il est toujours chantant.
Il n'est ni roi ni prince,
Ni duc, ni seigneur
Qui ne vive de la peine
Du pauvre laboureur.
Anonyme, XVIe siècle 1


1 chanson de la Bresse (province de l'est de la France, aux contreforts du Jura). En Bresse, on appelle "chansons à grand vent", celles qui par leur rythme lent et régulier, servent au laboureur à soutenir le travail de ses boeufs.

2 les arselettes sont des guêtres.

Source : Le livre d'or de la poésie française des origines à 1940 de Pierre Seghers, Marabout 1972 p 127

10 commentaires:

  1. Merci Jeanne, de nos jours les agriculteurs ont plus de confort côté matériel, heureusement, parce que hier... merci encore pour le tout, bises de jill

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    1. mais le gigantisme de leurs engins m'effraie et les labours de plus en plus profonds sont en train de détruire la bio-diversité des sols. Heureusement il y a de plus en plus d'agriculteurs qui en prennent conscience et ne sont plus dans cette fuite en avant. bises

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  2. Belle chanson. Le travail de labour est beaucoup moins difficile maintenant. Bon jeudi

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    1. cabine climatisée, casque audio stéréo et grande musique, amortisseurs et direction assistée, oui cela n'a plus rien à voir. et historiquement, après la révolution, les laboureurs étaient plutôt les catégories aisées des paysans.
      Maintenant ils se sont fixés d'autres contraintes en s'aliénant aux grands semenciers et à l'industrie agro-chimique
      bises

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  3. Et lorsque je te lis, que je lis ce poème, une fable trotte dans ma tête.
    Cette "chanson" me plaît infiniment.
    Passe une douce journée. Bises.

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    1. et il est fort à parier que le dit La Fontaine qui a si bien su accommoder à sa plume ce qu'il avait lu des anciens connaissait cette chanson à grand vent bises et belle journée

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  4. Un très beau poème dans le cadre de ce défi des croqueurs de mots. Bravo Jeanne.
    Bises et bon jeudi

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    1. Une activité qui a beaucoup évolué. Les pauvres travailleurs qui besognent ne sont peut-être plus sur des engins agricoles mais dans des centres de démarchage téléphonique ou partout où on pousse à la productivité jusqu'à l'os au mépris de l'humain. bises

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  5. Oui un métier qui a bien changé, mais certains face à l'appauvrissement des sols retournés à outrance commence à faire marche arrière . Je ne sais plus quelle est le titre de l'émission télé que j'avais regardée , mais c'était édifiant .

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  6. Sur mon chemin de Compostelle j'ai croisé des paysans (si on peut encore dire paysans) qui amenaient les vaches au champs en les pourchassant avec des quads :( On est bien loin des contes de Heidi:(
    Très beau poème.
    Bisous.
    Domi.

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