Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, combien en 2017 ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 23 novembre 2017

La vie antérieure, de Charles Baudelaire

Josette à la barre du défi n°195 des CROQUEURS DE MOTS nous dit
pour "jeudi poésie" les 16 et 23 novembre je vous propose des couleurs...choisissez la votre !

J'aurais pu avec Rimbaud, décliner les voyelles en couleurs, j'espère que d'autres croqueurs le feront. J'aurais pu ...
En complément de ce poème, Blancs et noirs, tous frères, tous égaux, de Victor Hugo


La vie antérieure

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
Charles Baudelaire, recueil Les fleurs du mal, éd de 1857

soleil couchant d'hiver sur le pont de l'Île de Ré


Charles BAUDELAIRE, 1821 - 1867, poète français
Recueil : Les fleurs du mal, poèmes de 1840 à sa mort, première édition 1857, rééditions remaniées et censurées, 1861, 1866, 1868, réédition de réhabilitation de l'oeuvre 1949

***

J'ai connu ce poème magnifique bien après avoir appris l'histoire chaotique de la parution du recueil Les fleurs du mal grâce à la témérité de Poulet-Malassis et de l'Imprimerie Alençonnaise.
Mais si l'oeuvre a été censurée en 1857 et Baudelaire condamné pour délit d'outrage à la morale publique et a valu à l'éditeur un exil forcé en Belgique pour y échapper, La vie antérieure ne fait pas partie des poèmes interdits.
L'abolition de l'esclavage est toute récente (1848) et n'a concerné moralement que bien peu d'hommes d'influence (Victor Schoelcher ; Victor Hugo). L'expression "esclave nu" a-t-elle échappé à la vigilance des censeurs ? Est-ce le mot esclave qui a sauvé le poème pour éviter les foudres des abolitionnistes ?
Aurait-il été interdit s'il avait écrit "l'homme nu" ? Non sans doute. L'allusion à la volupté et même une volupté interdite n'est le fait d'à peine de quelques mots.

Aujourd'hui le mot "esclave", écrit dans l'insouciance d'une coutume assumée par les hommes de cette époque, me dérange, en dépit de la beauté sublime du poème.
L'esclavage moderne existe et je le dénonce dans mes blogs depuis le début. Mais aujourd'hui, grâce à la diffusion, notamment devant les parlementaires d'une vidéo-reportage sur un marché aux esclaves de Tripoli, que je ne veux pas visionner, que m'apprendrait-elle que je ne sache déjà dans l'impuissance ?

8 commentaires:

  1. ... comme un pacha... merci Jeanne, bon jeudi, bises

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  2. Superbe choix, Jeanne ! Magnifique photo ! Bravo et bon jeudi ! Bises♥

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  3. Superbes poème et photo. Beau jeudi

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  4. Beauté incroyable de ce poème dont la lecture à voix haute coule comme de l'eau...

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  5. Je ne veux pas la visionner non plus. :(
    Je n'en reviens pas...
    En tout cas, ton sonnet de Baudelaire est un excellent choix.
    Bises et douce soirée.

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  6. J'aime beaucoup ce poème de Baudelaire , je me souviens l'avoir appris par coeur , malheureusement ma mémoire m’empêche d'aller plus loin que la première strophe .
    Quant à l'esclavage je croyais ce temps révolu hélas il n'en est rien .
    Bises

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  7. Baudelaire ! quel cadeau ce matin que de le lire et relire, ma mémoire défaille je ne peux plus "réciter" tous les sonnets que j'aimais tant !

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